Au centre alpha de Saint-Gilles, à Bruxelles, le projet Tac-TIC Emploi ! accompagne des personnes en processus d’alphabétisation ayant atteint un niveau suffisant pour rejoindre le marché du travail et souhaitant (re)trouver un emploi. Pour ce faire, il allie les ressources pédagogiques des Centres Alpha avec celles du Service Alpha Emploi. Dans ce projet, au croisement entre alpha populaire et aide à l’emploi, l’évaluation joue un rôle décisif. Le présent témoignage explore les différentes formes d’évaluation, leurs fonctions, et la façon dont elles sont impactées par la nouvelle conjoncture politique.

L’évaluation en mouvement : un témoignage du projet Tac-TIC Emploi !

Sur base d’un entretien avec Ophélie Ingarao, Coordinatrice au Centre Alpha Saint-Gilles, et Béatrice Guenet, formatrice
Propos recueillis par Sebastian Demolder, Lire et Écrire Communauté française

Le projet Tac-TIC Emploi ! et l’évaluation

Comment le projet a-t-il vu le jour ?

Béatrice Guenet : Le projet Tac-TIC Emploi ! a été mis en place en septembre 2020. C’était suite à un constat : pour beaucoup d’apprenant·es, le fait d’être analphabète impactait leur recherche d’emploi. En plus de cela, elles·ils ressentaient aussi pas mal de pression de la part des diverses autorités : la pression de l’injonction à l’emploi. Une collaboration a donc vu le jour entre le Service Alpha Emploi de Lire et Écrire (SAE) et le Centre Alpha de Saint-Gilles – c’était une formatrice de Saint-Gilles, Patricia Hernandez, qui avait au départ lancé l’idée du projet.

Pour ce qui est de la dimension TIC du projet, elle s’est développée en réponse à la fracture numérique qui faisait de plus en plus partie du quotidien des apprenant·es. Adresser ce problème est devenu urgent, notamment en ce qui concerne la recherche d’emploi : la plupart des échanges que les apprenant·es pouvaient avoir avec des employeurs éventuels, avec Actiris ou autres, se faisaient via mail ou via des sites dédiés. Du coup, il fallait trouver une solution pour intégrer cela dans le projet. Les participant·es ont donc des cours d’alphabétisation avec des cours de mathématiques et de TIC. En parallèle, elles·ils ont aussi un suivi tout au long de l’année avec un·e conseiller·ère emploi du service Alpha Emploi. Ce suivi consiste en des entretiens individuels qui sont organisés, en général, deux ou trois fois par mois tout au long de l’année scolaire. Et à la fin de l’année, les apprenant·es suivent un module de cinq semaines où elles·ils sont accompagné·es par le service Alpha Emploi – c’est un peu l’aboutissement du projet – pour travailler la posture, la manière de s’adresser à un employeur lors d’un entretien, etc. Et elles·ils approfondissent aussi tout ce qui est en lien avec la compréhension de la législation autour du travail (contrat de travail, ONSS, statut… etc.).

Ophélie Ingarao : Pendant les cours d’alpha que donnent Béatrice et ses collègues (qui viennent la soutenir pour les mathématiques et les TIC), c’est de l’alphabétisation orientée emploi. On va donc faire en sorte que la matière soit au maximum en lien avec l’emploi. L’idée, c’est de pouvoir, par exemple, identifier ce qu’est une qualité, ce qu’est une compétence, un savoir-faire, ou un savoir-être – tout cela passe par une maitrise du vocabulaire – et l’idée est aussi que les personnes puissent elles-mêmes identifier ce qui leur appartient. Et une fois qu’elles arrivent dans le module avec le SAE, elles ont déjà brassé beaucoup de vocabulaire avec Béatrice. Et comme elles se sont appropriées ce vocabulaire, elles peuvent elles-mêmes donner les éléments pour finaliser l’élaboration d’un CV qui puisse bien les représenter sur le marché de l’emploi.

Qui sont les participant·es du projet ?

BG : La majorité du groupe est constituée de personnes qui ont déjà travaillé et qui sont en recherche active d’emploi. C’est-à-dire qu’elles ont parfois déjà un CV qui a été élaboré soit par l’intermédiaire de leur conseiller·ère emploi du SAE, soit par Actiris, une Maison de l’Emploi ou même un proche… Mais on s’est aperçu qu’elles ne comprenaient pas forcément ce qui était écrit sur leur CV. On ne leur avait jamais expliqué le vocabulaire, qui est quand même assez spécifique et qui demande un gros travail avant d’être compris. Et cela vaut aussi si l’on veut faire des recherches d’emploi : quand on regarde une offre, il y a toujours des mots phares, des mots-clés qui peuvent parfois prêter à confusion et qui ne sont pas toujours clairs même pour les personnes qui ont un bon niveau d’expression orale et de compréhension orale. Du coup, c’est important de travailler tout cela.

OI : Cette année, forts des constats des années précédentes, il a été décidé d’ouvrir structurellement le groupe à des personnes qui envisageaient un jour, dans un temps plus ou moins long, de revenir sur le marché de l’emploi mais qui n’arrivaient plus à identifier leurs compétences ni ce à quoi elles étaient bonnes.

Souvent, ces personnes avaient une profession à l’étranger mais il n’était pas possible pour elles de l’exercer ici car leur diplôme n’est pas reconnu. On a aussi eu envie d’inclure ces personnes, de même que celles qui ont des compétences, des savoirs mais qui ont été dévalorisées sur le marché de l’emploi et qui ont perdu confiance en elles.

BG : Oui, c’est pour ça d’ailleurs qu’il y a plusieurs dimensions liées à l’estime de soi dans le travail qu’on fait ensemble lors des cours d’alpha. On travaille énormément sur le projet professionnel. Parce que, comme le dit Ophélie, ce sont des personnes qui ont plein de savoir-faire mais qui n’en ont pas conscience. Elles nous disent « mais moi je ne peux pas travailler puisque je ne sais pas lire et je ne sais pas écrire », mais elles savent faire plein d’autres choses à côté… Des choses que, souvent, une personne alphabétisée ne sait pas faire. On tente de rétablir cette confiance en soi qui est souvent malmenée. Le projet professionnel est travaillé aussi avec leur conseiller·ère durant les rendez-vous individuels.

Évidemment, on travaille aussi beaucoup la dynamique de groupe, comme dans tous les autres cours qui se donnent ici au Centre alpha. Parce que qui dit emploi, dit aussi souvent travailler en équipe. Le travail en groupe ou en sous-groupe est donc souvent privilégié.

Est-ce que l’on pourrait dire que le travail que vous faites avec les apprenant·es est un travail qui vise à développer l’auto-évaluation : mieux se comprendre, mieux mesurer ses compétences, ses limites, et pouvoir les communiquer ?

BG : Oui, bien sûr. On a beaucoup travaillé sur l’évaluation avec une conseillère pédagogique. Et notre accompagnement est principalement axé sur l’auto-évaluation, vu que l’idée, c’est surtout de retrouver une confiance en soi, de vraiment prendre conscience de nos savoir-faire et de les mettre en valeur. On travaille avec des outils comme la Roue carrée ou la toile d’araignée (que moi j’appelle « la cible »).

BG : Deux fois par an, avant Noël et à la fin de l’année, les apprenant·es se sont auto-évalué·es par rapport aux apprentissages et à toutes les matières qu’on a vues : où est-ce que je me situe maintenant sur tel sujet par rapport à avant ? Tandis qu’à la fin des cinq semaines avec le service Alpha Emploi, des entretiens individuels (une mise en situation) ont été menés : une personne (autre que les conseiller·ères qui animaient les ateliers) prenait la posture d’un employeur devant qui il fallait se présenter pour postuler à un emploi. On travaille beaucoup avec des documents réels, des offres d’emploi réelles. En fait, l’auto-évaluation se fait quasi toute l’année.

J’imagine qu’il y a aussi des moments où l’auto-évaluation se fait de manière informelle ?

BG : Oui. Et on est un peu obligés de faire ça parce que le groupe est très mouvant. Quand un apprenant·e trouve un emploi, elle·il part tandis que d’autres personnes intègrent le groupe. Aussi, celles·eux qui étaient là depuis le début prennent spontanément le rôle d’expliquer aux nouvelles·eaux arrivant·es tout ce qui a été fait et vu avant leur arrivée. Du coup, cette démarche-là les amène aussi à évoquer ce qu’elles·ils ont fait et à prendre réellement conscience de tout ce qu’elles·ils ont appris à partir de ce qu’elles·ils sont capables de transmettre.

Après, il y a encore des choses qu’on aimerait améliorer, au niveau des traces par exemple. La cible ou la toile d’araignée, c’est quelque chose d’assez concret, mais ce qu’on ne voit pas dans cette cible, c’est toute la discussion qui prend place une fois qu’elle est remplie. L’utilisation de cet outil est toujours suivie d’une discussion en groupe et/ou en individuel (parce qu’il peut y avoir une différence entre la manière dont l’apprenant·e va s’auto-évaluer et la manière dont le·la formateur·trice va l’évaluer). Et donc, à cet instant, la discussion qui a lieu est très importante.

Cela veut-il dire que la cible ne prend pas entièrement en compte l’aspect qualitatif de l’évaluation ?

BG : Oui, elle introduit un décalage, voilà.

Mais les évaluations plus normatives ont aussi leur importance. Par exemple, pour les TIC, je les ai mis·es devant un PC et je leur ai demandé de faire toute une série de manipulations, depuis l’allumage du PC jusqu’à sa mise à l’arrêt. Ça, c’est du normatif, mais c’est aussi en même temps une auto-évaluation importante : là, elles·ils prennent conscience de ce dont elles·ils sont vraiment capables sans le groupe. Habituellement, il y a une entraide assez conséquente entre eux·elles, mais là, seul·e devant un ordinateur, il faut pouvoir se débrouiller.

Quand l’injonction à l’emploi va dans le mur

Dans un contexte où l’injonction à l’emploi est de plus en plus appuyée par les autorités, comment vivez-vous la tension qui peut parfois exister entre les objectifs de l’aide à l’emploi et les principes de l’éducation permanente ?

BG : Moi je ne la ressens pas, mais je sais qu’elle est là.

OI : Oui je pense que pour les formateur·trice·s sur le terrain, elle n’est pas vraiment pas ressentie du tout.

BG : Ça ne vient pas empiéter sur nos apprentissages, mais elle est là, c’est clair. J’ai aussi beaucoup de discussions avec des collègues du secteur de l’ISP. Quand je discute par exemple avec mes collègues de LEE Wallonie ou du Collectif Alpha, que je vois lors de formations, elles·ils me disent que c’est quelque chose qui est assez présent dans leur façon de travailler.

OI : Notre approche dans les cours est celle de l’Alpha pop qui repose sur l’éducation permanente. En ce sens, on cherche à y développer un esprit critique, à travailler sur qui on est, sur ce qu’on pense, sur ce à quoi on croit. On va avoir besoin de temps, besoin d’outils et de plein de choses, là où l’ISP peut avoir des contours plus fermes.

BG : Ce que je constate avec les collègues, c’est que l’éducation permanente, ça demande du temps puisque ça implique une certaine critique de la société. Tandis que l’ISP (je schématise) c’est plutôt : il faut travailler et le plus vite possible pour ne plus dépendre des minima sociaux. Point.

OI : C’est vrai que parfois, les apprenant·es nous rapportent des choses un peu aberrantes. On a eu le cas d’un CPAS qui demandait à une apprenante débutante en lecture et écriture qu’elle sache lire un CV, une offre d’emploi, qu’elle sache écrire un mail et qu’elle intègre le marché de l’emploi. Et c’est la personne qui l’avait suivie, donc une assistante sociale dans un CPAS, qui lui mettait la pression pour qu’elle soit opérationnelle au plus vite. Mais tous ces gens-là [les assistant·es sociales·aux] ne leur mettent pas la pression parce que ça leur fait plaisir : ils ont la pression d’un autre système sur eux. Ces réalités posent des questions éthiques : on force une personne qui a un niveau lecture-écriture « débutant » à signer un contrat de travail qu’elle ne va probablement pas comprendre, juste pour répondre à une pression d’insertion sur le marché de l’emploi…

Et donc c’est vrai que pour les formateur·trices, il y a aussi cette difficulté d’accompagner les participant·es dans ces injonctions qui soulèvent des questions éthiques. Et là, il y a un vrai contraste avec l’éducation permanente. Avec l’éducation permanente, si on pousse l’exemple à l’extrême, l’apprenant·e devrait être capable d’aller jusqu’à négocier son contrat de travail parce qu’il·elle aurait développé un esprit critique et identifié sa propre valeur.

BG : Une autre chose importante à dire c’est qu’il y a parfois dans le groupe Tac-TIC des personnes qui ne veulent pas forcément rentrer tout de suite sur le marché du travail. Pourquoi ? Parce qu’elles ont travaillé, par exemple (j’ai eu plusieurs cas) comme agent d’entretien et qu’elles ont aujourd’hui des problèmes de santé qui rendent impossible le fait de continuer le même métier. Et donc, ces personnes cherchent plutôt à suivre une formation qualifiante qui leur permettrait de changer de profession. Et là, le gros souci c’est que les tests d’entrée pour les formations qualifiantes ne sont ni représentatifs de ce qu’on fait pendant la formation ni cohérents par rapport au métier auquel on aspire. C’est une espèce de sélection qui est mise en place parce qu’il y a (à mon avis) beaucoup trop de demandes par rapport aux places disponibles.

En quoi consistent ces tests exactement ?

OI : J’ai fait une formation chez Bruxelles Formation et je sais qu’à l’EPFC, c’est des suites logiques, c’est des calculs avec des divisions posées, c’est de la compréhension de texte, c’est des problèmes mathématiques avec de très longues équations, des parenthèses et des puissances…

BG : Et au niveau du français, il y a toute une partie de compréhension de texte, donc ça veut dire qu’il ne faut pas seulement avoir un niveau de lecture où on comprend ce qu’on lit, mais où on comprend aussi des concepts qui ne sont pas forcément clairement écrits et/ou nommés. On leur demande aussi du rédactionnel, d’écrire un texte de dix lignes ou de dix phrases, sachant qu’en alpha, la notion même de phrase n’est pas toujours claire. Tout ça pour dire que ces tests ne sont vraiment pas représentatifs et qu’ils ont, en fait, une finalité purement sélective. Du coup, c’est encore une barrière supplémentaire.

Quelle posture adoptez-vous face à ces tests ?

BG : Il pourrait effectivement y avoir une tension à cet endroit-là : est-ce qu’on intègre à nos cours cet enjeu de préparer les apprenant·es à ces tests alors que le groupe Tac-TIC ne relève pas de l’ISP ? Enfin, il y a peut-être des choses qui relèvent de l’ISP, mais on n’est pas structurellement ISP.

OI : On a envisagé, cette année, de pouvoir avoir un cours de 20h pour permettre de demander la dispense de recherche d’emploi pour les apprenant·es, pour qu’elles·ils puissent vraiment se déposer dans un apprentissage serein. Malheureusement, il y a une dimension administrative qui serait très lourde à porter pour une structure comme Lire et Écrire à l’échelle d’un seul projet, donc on ne va pas poursuivre et on va rester sur la formule sur laquelle on est.

Travailler dans le manque de temps et l’imprévisibilité

Et faites-vous, par rapport à votre propre travail, des auto-évaluations ? Comment réfléchissez-vous à ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas ?

BG : Oui. On doit établir deux rapports annuels : un rapport d’éducation permanente et un rapport d’activité. C’est à ce moment-là qu’on se pose et qu’on prend conscience de tout ce qu’on a fait, de ce qui a fonctionné, ou non. Ça fait partie de ce qu’on nous demande. Et on organise aussi régulièrement des réunions avec les personnes qui sont parties prenantes du projet, y compris la conseillère pédagogique. En fait, on essaie régulièrement d’évaluer s’il y a des choses qui ne fonctionnent pas pour essayer de prendre un chemin un peu différent.

OI : Cette année, on teste quelque chose de nouveau : on a découpé l’année scolaire en fonctions des périodes de vacances scolaires, ce qui a donné cinq modules séparés. L’intention est d’avoir un groupe plus ou moins stable à l’intérieur d’un module. Chaque module aurait une thématique spécifique, et le 5ème se ferait avec le SAE. C’est une formule qu’on va expérimenter cette année pour voir si ça a un impact positif sur le groupe : les personnes qui sont déjà présentes, les nouveaux arrivants et la formatrice ou le formateur.

Le projet sera donc amené à se transformer avec le temps et devenir de plus en plus précis ou plus adapté aux besoins de chacun·e ?

OI : La seule chose qu’on peut dire, c’est qu’aujourd’hui le projet répond à un besoin identifié chez les personnes qui viennent chez Lire et Écrire pour être orientées. Après, le panorama politique bouge beaucoup. Peut-être que notre public va disparaître parce qu’il sera soumis à d’autres injonctions… Du coup, aujourd’hui, ça répond aux besoins du public qui se présente. Je pense que la seule chose qu’on peut dire pour la suite, c’est qu’on ne sait pas. Et ça se ressent aussi beaucoup dans nos cours : les gens ont peur, ils ont peur de ce qui va leur arriver. Je ne sais donc pas si on peut dire que ça va continuer d’évoluer pendant très longtemps. La conjoncture politique, comme on dit.

Et ce n’est pas tant nous en tant que structure qui dispensons des cours, c’est le public, nos apprenant·es, qui seront surtout impacté·es. Qu’est-ce qu’il va se passer pour elles·eux ? Déjà aujourd’hui, on a beaucoup d’apprenant·es qui parfois ratent les cours parce qu’elles·ils ont une opportunité de petits boulots.

Et ça vient effectivement perturber leurs apprentissages. Mais en même temps, elles·ils ne peuvent pas refuser ces possibilités de petits boulots informels. Alors évidemment, elles·ils les prennent. Mais on ne sait pas, par la suite, comment ça va se passer pour elles·eux. Aujourd’hui, on y arrive quand même encore grâce au CPAS, grâce au chômage, grâce à plein de choses

BG : Mais le problème c’est aussi la réforme du chômage qui va faire que les CPAS vont être complètement débordés.

OI : Saturés, oui. Et donc ils vont aussi mettre en place des dispositifs de contrôle beaucoup plus ardus au CPAS. Aujourd’hui, on a encore des personnes qui bénéficient du CPAS et qui peuvent se déposer dans un apprentissage, ce qui est nécessaire dans ce processus d’éducation permanente et pour accéder à une vie satisfaisante. Mais peut-être que certain·es de nos apprenant·es vont perdre leurs droits au CPAS. Parce que pour beaucoup de personnes, quand même, rejoindre les cours d’alpha, c’est une opportunité. Que ce soit au travers de l’acquisition du français ou du parcours qu’offre l’éducation permanente, c’est une opportunité pour elles de reprendre leur vie en main.

BG : Parce qu’elles en sont bien conscientes. Dans les cours et aussi pendant les ateliers de cinq semaines, on étudie la construction de la société, on étudie par exemple ce qu’est l’ONSS, à quoi ça sert. Donc elles voient bien que la société a besoin de gens qui travaillent pour l’alimenter, mais elles ne veulent pas accepter n’importe quel travail… Il y a un besoin de temps : le temps de se former. Avoir le temps, c’est ça le gros souci. Et comme dit Ophélie, on ne sait pas si la conjoncture politique qui se met en place va nous laisser ce temps et va laisser ce temps à nos apprenant·es.

OI : Ce n’est pas qu’elles ne veulent pas travailler, c’est loin d’être ça. Elles veulent travailler, elles veulent leur projet, mais elles ne veulent pas faire n’importe quoi à n’importe quel endroit.